DV3 - Abri d'infanterie 4296 - U werk
L'étude de l'abri DV3 est largement complétée par la rubrique suivante " 071 - l'abri de combat DV3 en 3D " dans laquelle DV3 sert de référence à l'illustration de ce que furent les abris de combat dans le secteur de Verdun.
DV3 est un abri de combat pour une 1/2 compagnie (120 hommes).
A l'origine il est le "jumeau miroir" de DV4.
- le mur de soutien avec les latrines est à gauche
- 2 entrées latérales et une entrée en façade

(source : étude abris de combat par Berger - Baros - Brolli.)
Les différentes appelations de l'abri d'infanterie DV3
dénominations françaises : Abri 4296 - DV3 - Redoute - Abri du projecteur
dénominations allemandes : U raum - U werk - U 512 ( Raum = local, Werk = ouvrage)



Localisation
DV3 se situe sur la crête de la croupe du bois Fumin.


Les différentes périodes d'occupation de DV3 :
jusqu'en juin 1916 : occupation française
de juin au 2 novembre 1916 : occupation allemande
à partir du 2 novembre 1916 : occupation française
Orientation de DV3

Le mur de dos avec son terrassement protecteur est orienté 30° Nord/Nord Est
Le mur de façade dirigé vers la place de Verdun est orienté 210° Sud/Sud Ouest

Lors des 5 mois d'occupation allemande de l'abri DV3, la gorge (façade), de par ce "retournement" de situation, devint très exposée aux tirs de l'artillerie française.
Avant juin 1916 les tirs d'artillerie allemande proviennent du Nord.
Après juin la provenance des tirs (français) est inversée : elle vient du Sud.

La gorge de construction "plus fragile" en maçonnerie simple, n'est pas à l'origine sensée être soumise aux tirs directs ennemi. La construction d'origine du mur anti souffle ne prévoyait qu'une simple épaisseur de 1,60 m.
Rappelons que s'agissant du mur de fond directement exposé aux tirs allemands, celui ci faisait 2,00 mètres d'épaisseur.
DV3 "français" avant juin 1916
Les latrines dans le mur de soutien sont à gauche.

A l'entrée du couloir, en hauteur, se trouve un coffret en bois sans couvercle avec une hampe métallique horizontale au dessus.
Il s'agit d'un boitier électrique recevant des cables de communication téléphonique, l'arrivée des cable est maintenue par la barre horizontale.

C'est un boitier du même type que ceux qui se trouvent à l'entrée du Fort de Tavanne.

Cette vue de DV3 en 1916 est issue de la plaque de verre stéréoscopique N° 26514
Travaux de recherches pour identifier cette vue stétéoscopique comme étant DV3 : cliquez sur le lien

(source Philippe Vandeweege - PC118 Forum pages 14/18 )
Autre vue stétéoscopique N° 26518 de la même série, prise le même jour, approximativement depuis les tranchées de Gotha ou Siegen.

Sur la gauche de la photo : le mur de soutien fissuré horizontalement.
Au centre : le rectangle noir est l'entrée sur le mur de façade.

La photographie suivante nous fait nous rendre compte de la vue très "plongeante" que DV3 et le retranchement R3 avaient sur la Caillette, le Ravin de la Fausse Côte et Hardaumont.
Au loin sur la gauche : DV2 et le fort de Douaumont.

DV3 " Allemand" de juin à novembre 1916


Timidement, des soldats allemands se montrent à la sortie du couloir, seul le photographe prend le risque de s'exposer le temps de la photographie.
Sur la gauche à la sortie du couloir : ce qu'il subsiste des latrines exposées aux bombardements français.
Le mur anti-souffle en façade, mur en simple maçonnerie, désormais anormalement exposé aux tirs d'artillerie français a été renforcé par un haut terrassement de rocailles.

DV3 de nouveau " Français " à partir de novembre 1916
Photo prise en 1917

Angle de prise de vue

Dans le fond apparaissent le fort de Vaux, le col du ravin Fumin avec DV4, R1 et la tranchée de Besançon

En 1917, DV3 est toujours un noeud de communication téléphonique, à en juger par le poteau télégraphique à l'entrée du couloir sur lequel on distingue de nombreuses porcelaines d'isolation.

DV3 aujourd'hui ...

Le couloir et l'entrée Est

(source : Jean Paul Guerling)
L'entrée Ouest

(source : Denis Jolibois)

Le mur de façade

(source : Alain Césarini)
Ci-dessous : en vert le niveau du sol actuel - en hachuré : les manques dans le mur de façade.


Les grands manques de maçonnerie sont particulièrement visibles au niveau du couloir, face au petit local.

(source : Alain Césarini)
Ces absences sur le mur de façade et d'une partie de la dalle au dessus de couloir sont conjointement dues à l'explosion d'un obus de gros calibre (visible sur les photographies aériennes) et aux bombardements incessants qui ont progressivement fait "disparaître" ce mur déjà très affaibli.
Photographie suivante : entonnoir d'un obus de gros calibre tombé au dessus de la chambrée, dont une partie du plafond est toujours actuellement en position d'affaissement.

Les latrines


Le petit local

(source : Jean Paul Guerling)

Dans le petit local se trouve une pompe à bras remontant l'eau des citernes

Traces des support de la pompe (DV4)

Sous le petit local se trouve un autre local au plafond voûté (environ 3mx 2m x 1.8 de haut) c'est le filtre à sable, passage obligé de purification pour les eaux pluviales collectées sur la dalle de DV3 avant de rejoindre la citerne.
Trappe de visite

(source : Jean Paul Guerling)


Petit local filtre à sable



petite cuve dans le local filtre

La chambrée ouest (côté latrines)


(source : Jean Paul Guerling)
même chambrée avec vue en direction du couloir

(source : Denis Jolibois)

La chambrée Est (coté petit local)

(source : Denis Jolibois)

Notez les petites niches rectangulaires et de forme régulière dans le mur de gauche.
Leur rôle pourrait être celui d'encastrer des madriers de bois permettant de soutenir la partie effondrée du plafond.(idée suggerée par Denis Jolibois - Forum Pages 14/18)

selon ce principe d'étayage :



La ventilation
Gaine aérienne d'extraction de l'air vicié.
En tôle, elle est en forme de U, pas tout à fait plaqué contre le plafond afin que l'ai vicié puisse pénétrer dans la gaine (flêches blanches).
La circulation d'air générée par le ventilateur propulse cet air vicié vers les cheminées extérieures d'évacuation (flêche rouge)


La gaine aérienne est ici coupée, elle va normalement de part et d'autre de la chambrée.

Restes de gaines au sol...
traversant le mur entre les 2 chambrées

passant sous les bancs

La citerne
Sous la chambrée de droite de DV3 se trouve une citerne.
Elle est faite d'une cave renfermant 2 cuves.
La double paroi de la citerne permet un contournement par une gaine de circulation faisant 50 cm de large.

dimension de chaque bassin :
longueur : 3.50m
largeur : 1.40 m
hauteur : 2.10 m
volume : environ 10 mètre cube x 2 = 20 mètres cube de réserve d'eau
Au fond (côté Sud - côté mur de façade) et sur le sol de la gaine de circulation : une grille pour l'évacuation des eaux.

L'accès à cette citerne se fait par une trappe située dans le fond de la chambrée (60 x 60 cm).

(source : Jean Paul Guerling)
La descente aux 2 citernes est rendue possible par une échelle à barreaux métalliques scellés dans le mur.


Deux regards (trappes de visite) dans le sol de la chambrée permettent un accès visuel sur les niveaux d'eau des deux cuves de la citerne.

(source : Jean Paul Guerling)
Vue suivante : le regard vu par dessous, depuis l'intérieur de la citerne
Une pompe à bras élève l'eau depuis les citernes vers le petit local afin d'assurer l'approvisionnement journalier en eau. A l'intérieur de chaque cuve, on distingue sous le regard, le tuyau de pompage de l'eau vers la pompe à bras.

(source : Jean Paul Guerling)
Une fois sorti de la citerne, le conduit de la citerne nord longe en hauteur le mur du couloir ...

... avant de rejoindre le conduit de la citerne sud, pour traverser la paroi et rejoindre le local filtre sous le petit local.

Un trou supplémentaire à été percé postérieurement dans la dalle de la chambrée, il donne au dessus du couloir de circulation (le mur de la citerne est visible sur la droite), il est donc dans l'alignement de la trappe d'accès à la citerne.
Rôle inconnu : aération et circulation d'air ? passage de cables ? Il ne permet pas le passage d'un homme. Le poutour carré creusé autour indique qu'il pouvait être bouché par une plaque.

(source : Jean Paul Guerling)
La galerie
Creusée en direction du nord avec un léger virage sur la gauche 2 mètres avant la fin.
La galerie est étayée avec un coffrage typique des galeries de communication allemandes, selon la techinique du "châssis coffrant".



(source : Jean Paul Guerling)
La citerne aux murs percés et la galerie
Pour faire suite à un échange d'idées très productif entre Denis Jolibois (du Forum pages 14/18) et moi même, échange basé d'une part sur les connaissances et l'observation terrain de Denis et d'autre part sur l'analyse de photographies d'époque (Patrick), voici nos conclusions collégiales quant à l'origine du percement des murs de la citerne et de la présence de la galerie.
Les observations terrain de Denis :
1- Les murs en ciment armé de la citerne sont percés de façon très "soignée", au format d'une porte, laissant le passage à un homme debout.

(source : Jean Paul Guerling)
Au niveau du passage, toutes les armatures métalliques des cloisons en ciment armé ont été soigneusement enlevées pour éviter tout accrochage. Les murs ont été percé jusqu'au niveau du sol afin de ne pas faire d'entrave aux pas des hommes.

(source : Jean Paul Guerling)
conclusion : Puisque l'on apporte une attention toute particulière au passage et à la circulation aisée dans les citernes, c'est qu'il devait y avoir une présence importante d'hommes.
Le percement des murs aurait donc comme objectif de transformer les citernes en abris supplémentaires pour les soldats (allemands).
Qui dit abri dit issue de sortie de secours... c'est la galerie.
2 - La galerie est étayée avec du coffrage réalisé selon une technique propre aux galeries de communication allemandes : "le châssis coffrant", contrairement aux Français qui utilisaient, eux, la technique du "châssis en charpente".
Châssis coffrant allemand


Châssis en charpente français

Le fait que les Allemands aient pris soin d'étayer cette galerie indique qu'ils avaient bien l'intention d"aménager une galerie de communication.
conclusion : le percement de la galerie à été réalisé par les Allemands entre juin et novembre 1916.
3 - La galerie s'arrête nette au bout de 6 à 7 mètres.
conclusion : il n'y pas eu d'éboulement, les Allemands n'ont pas terminé cette galerie qui devait être à l'origine une issue de sortie de secours pour le nouvel abri offert par les citernes, au cas où la dalle supérieure de DV3 s'effondrerait sur la seule issue donnant dans la chambrée.
La sortie de cette nouvelle galerie devait théoriquement déboucher à quelques dizaines de mètres au nord de DV3, dans une zone moins visible et moins exposée aux tirs français.
4 - La chambrée 1 (côté latrines) dont les murs et plafonds ne sont pas effondrés, comporte néanmoins des gravats au sol, alors que la chambrée 2 (au dessus de la citerne) ne possède qu'en moindre quantité des gravats, issus de l'effondrement d'un partie de son plafond.
conclusion : Ce sont les déblais issus du creusement de la galerie qui ont été volontairement déposés dans la chambrée 1 afin de ne pas avoir à les évacuer au dehors. Il faut savoir qu'une sortie à l'extérieur de DV3 représente toujours une grande prise de risque pour sa vie.
Les observations de Patrick :
1 - Comparaison du mur de façade à 3 époques différentes
A - Occupation française avant juin 1916 : le mur de façade en simple maçonnerie et pour le moment non exposé aux tirs d'artillerie est bien apparent. L'entrée centrale en façade est encore ouverte

B - Occupation allemande (juin - novembre 1916) : le mur de façade désormais exposé aux tirs français est protégé par un imposant terrassement supplémentaire.

C - Occupation française (novembre 16 - photo de 1917) : même s'il n'a plus lieu d'être, puisque les bombardements proviennent de nouveau du nord, le terrassement n'a pas totalement disparu, sauf dans le prolongement du mur de façade, pour élargir l'arrivée sur DV3.

2 - Le terrassement suplémentaire contre le mur de façade est constitué en partie par des roches aux arrêtes anguleuses et de taille assez importante, qui semblent "fraichement" provenir d'une taille dans une galerie.

conclusion : à partir de début novembre 1916, dans la grande urgence de protéger le mur de façade désormais soumis aux bombardements français, les allemands ont profité du creusement d'une galerie servant de nouvelle issue de sortie (au nord) pour trouver la matière première constitutive du terrassement : les déblais des roches.
L'idée est qu'il aurait été plus sécurisant de se fournir en roches "sous" DV3 plutôt que d'aller collecter des rocailles à l'extérieur de DV3 en risquant sa vie sous le feu ennemi français.
Seule la chambrée côté latrines à son sol jonché de déblais (comme le souligne justement Denis) il est donc probable qu'elle servait de dépôt provisoire pour réaliser le tri des roches et remplir des sacs de terre ( visible sur la photo ci-dessus) avant de les positionner devant le mur de façade.
Les restes de terre issus de ces déblais et les plus petites roches sont encore présentes aujourd'hui dans la chambrée 1.
conclusion de Denis : Les anciennes rocailles ayant constitué le terrassement allemand destiné au mur de façade, par l'effet du nivellement ont contribué à niveler et relever le niveau du sol.
On constate donc, non pas "un enfoncement" de DV3 mais une "remontée" du sol autour de l'entrée ouest de DV3. Remontée du sol accrue par la terre apportée par les projections des bombardements.
Notez sur la photographie suivante la différence de niveau entre le sol du couloir et le sol extérieur.
A gauche les soldats sont légèrement en dehors du couloir, à droite ils sont à l'intérieur.

Différence de niveau encore plus flagrante 98 ans après. (même position que le soldat de gauche sur la photo de gauche).

(merci à Peter Sauter pour la pause)
en conclusion finale et après nos réflexions conjointes : la galerie et le percement de la citerne seraient d'origine allemande et seraient conjoints.
La citerne aux passages aménagés serait devenue un abri supplémentaire pour les soldats allemands.
Les allemands ont eu rapidement besoin de creuser une galerie pour plusieurs raisons :
1 - avoir un accès et une sortie "protégée" au nord à quelques dizaines de mètres de DV3
2 - avoir une issue de secours pour le nouvel "abri citerne" re-aménagé, en cas d'effondrement de la dalle supérieure de DV3.
3 - ils en ont profité des déblais de cette galerie comme d'un approvisionnement fournissant les roches pour le terrassement protecteur du mur de façade.
A savoir pourquoi les allemands n'ont pas terminé cette galerie ? ... et quel est le rôle de l'ouverture d'une seconde trappe de visite au dessus du mur de la citerne ? ... questions en attente de réponses.
merci à Denis Jolibois pour ses réflexions sur le sujet...
DV3 dans les JMO
JMO du 10 février 1917 - 123 DI 412e RI
DV3 est nommé par son repère hectométrique "Abri 4296"

